Le recours aux forêts

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Le cabanon de Le Corbusier

Un lavabo, une table et une armoire …

septembre 2002

"J’ai un château sur la Côte d’Azur, aimait à dire Le Corbusier, qui a 3,66 mètres par 3,66 mètres. C’est pour ma femme, c’est extravagant de confort, de gentillesse" … Oui, le grand architecte Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier, venait en vacances sur la Côte d’Azur dans un "château" aux allures de cabanon.

Un lavabo, une table et une armoire … spartiates

A Roquebrune-Cap Martin, un sentier longe la mer, sous la voie ferrée. Un portail minuscule, un escalier exigu et, en contrebas, un modeste cabanon enfoui sous la vigne. Seul le site est grandiose : un golfe superbe, des falaises abruptes et la mer à nos pieds. Vous êtes cependant dans un site historique car c’est là que se trouve le "cabanon de Le Corbusier", une oeuvre chère à tous les amateurs d’architecture moderne. D’ailleurs, la visite guidée du Cabanon, proposée par l’Office du Tourisme local, est devenu un must pour les étudiants en "archi" du monde entier. Les Japonais entre autres en sont très friands.
Le château ? Impossible de faire plus simple : sur une étroite bande de terre, face à la mer, trône une méchante baraque en planches avec une porte et une fenêtre, un point c’est tout.
Cependant, aussi étrange que cela paraisse, le grand architecte mondialement connu sous le surnom de Le Corbusier est venu, durant 18 ans, tous les étés au mois d’août, en vacances dans un cabanon construit de ses mains sur le terrain modeste d’amis à lui, les Rebutato. Alors même que, le reste de l’année, il publiait des livres, inaugurait ses plus grands chantiers (Chandigarh en Inde ou la Cité Radieuse à Marseille), exposait ses peintures et donnait des conférences partout dans le monde … avant d’être nommé Grand Officier de la Légion d’Honneur !

Voila un château qui pourrait paraître décevant (16 mètres carrés de rondin de bois et matériaux industriels) … Sauf si l’on se rappelle le "Modulor", un système de mesures directement lié à la taille humaine, inventé par Le Corbusier, qui renouait ainsi avec le Nombre d’Or cher aux bâtisseurs de l’Antiquité. Soit une mesure-étalon de 2,26 mètres, la taille moyenne d’un homme le bras levé. Car "Corbu" voulait "revenir à l’échelle humaine", que nous aurions perdu avec le système métrique.
Regardons le cabanon avec d’autres yeux : 2,26 mètres de haut et 3,66 mètres de large, ce sont des combinaisons résultat de l’emploi du Modulor !
"La poésie est un phénomène d’une exactitude rigoureuse", disait-il. Le cabanon est donc bien une application pratique de ses idées : atteindre la poésie par la rigueur.
Visitons le cabanon : à l’intérieur, une seule pièce et un mobilier minimaliste. On trouve là un lit, étroit surmonté d’un étrange oreiller sculpté dans le bois, une table pivotante à un pied, des placards intégrés, deux cubes en bois servant de chaises, un petit lavabo rond en inox et une vitre de fenêtre astucieusement remplacé par un miroir pour se raser. Seul luxe, les couleurs : sol peint en jaune, plafond vert et orange pâle, des couleurs typiquement le corbusiennes.
Plutôt spartiate pour un château mais cependant complètement original et inédit : le parfait prototype d’une "machine à habiter".
Retournons en arrière, au début des années 20. Dans la revue l’Esprit Nouveau, Le Corbusier se fait connaître comme le théoricien d’une nouvelle culture progressiste où l’architecture aurait une place de choix. Sa grande idée : adapter l’architecture à la civilisation industrielle, jeter un pont entre art et industrie. Refusant la tradition académique, qu’il juge inadaptée à l’époque, il appelle de ses voeux une architecture de rupture sans aucun élément connu, faite de chocs visuels et d’innovations tous azimuts. De quoi choquer plus d’un traditionaliste !

Source :

Le cabanon de Lecorbu