Le recours aux forêts

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Pourquoi faire un film sur les cabanes ?

A propos d’Eloge de la cabane (notes)

mardi 17 septembre 2002, par Le recours aux forêts

Enfant, j’ai construit des cabanes. Aujourd’hui, ma cabane est située dans les bois, quelque part dans une forêt haut-rhinoise du massif vosgien. C’est une ancienne roulotte de bohémiens, longue de six mètres, posée à la fin d’un étroit chemin de pierre, surplombant une petite vallée. A l’intérieur, une table et une chaise, un poêle Gaudin et un matelas. J’ai beau réparer le toit, chaque année c’est la même chose : le vent emporte la toile goudronnée, les gouttières pourrissent, l’eau rentre, des champignons y poussent.

J’y vais de temps en temps et cherche à réfléchir à ce que veut dire la cabane aujourd’hui. Le fait de vivre dans une construction étroite, provisoire, et relativement fragile induit nécessairement une relation spécifique au territoire dans lequel elle s’inscrit, à l’espace du dehors et aux éléments, donc une relation à la nature. Construction modeste et transitoire, la cabane est en somme l’étonnant révélateur d’une pratique inédite de l’espace à vivre, par lequel dedans et dehors communiquent, au lieu de s’exclure.

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D’autre part, construire une cabane c’est précisément ne rien fonder. Pas de stabilité ou de racines bien que beaucoup de cabanes deviennent de petites maisons. Souvent construite sans permis de construire, sans plan préalable, faite de bric et de broc, d’assemblage et de disjonction, c’est un lieu précaire qu’il faut sans cesse réajuster. Elle joue avec le presque rien, le pas grand-chose, avec juste l’essentiel.

La cabane est une rêverie universelle : ni bien public, ni propriété privée ; ni tout à fait hors du monde, ni tout à fait intériorisée. Elle est une aire intermédiaire ; un lieu en suspension, en devenir ; un potentiel d’expériences.

Le 28 décembre 2000, j’y suis retourné une nouvelle fois. J’avais longuement préparé l’opération, préparant du bois sec, prenant une bâche pour le toit, des bougies, des livres, des cahiers, des stabilos : tout l’attirail pour imaginer mon prochain film. Il faisait 0° dehors et la neige tombait. Je voulais expérimenter la cabane, avoir des images précises et des sensations fraîches.

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Aujourd’hui, je souhaite raconter cette magie active, personnelle, la confronter aux expériences concrètes d’autres personnes. Pour cela, tout en menant ma propre expérience, je veux partir à la rencontre de ceux qui, de leur côté, en 2002, m’a-t-on dit, se cachent dans les forêts. En cherchant sur un moteur de recherche de l’internet, j’ai trouvé quelques pistes, puis tout à coup, j’ai découvert un véritable monde vivant dans des cabanes. Je suis allé voir. Ils sont nombreux, au début de ce troisième millénaire technique, à avoir des modes de vie plus radicaux que le mien. C’est une civilisation des cabanes, parallèle à la nôtre, qui vit sans bruit, qui vit cachée. Mais si les modes de vie des personnages que j’ai déjà rencontrés sont semblables, les motivations sont différentes.

Pourquoi et comment des personnes se retrouvent par choix ou par hasard, souvent dans des forêts, à l’écart de la société urbaine, dans des sortes de huttes, cabanes, abris précaires qu’ils se sont construits ?

Leur cabane est-elle " un retour à l’enfance " ? " Un lieu ludique " ? " Un abri de survie " ? " Une expérience de pensée " ? " Un lieu libertaire " ? Ou encore " un lieu psychique " ?

Ne serait-ce pas la tentative d’une construction d’autre chose ?

Est-ce que, si la société est censée protéger les humains de la nature et des autres hommes, la nature protège-t-elle de certains aspects de la société ? Et comment s’y protège-t-on des violences de la nature elle-même (maladie, froid, tempête) ?

Est-ce que la cabane est liée à la jeunesse ? Y a-t-il des gens âgés ?
Quelle est cette vie de cabane ?

Voilà les questions auxquelles je voulais répondre avant de commencer "Eloge de la cabane".

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