Le recours aux forêts

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Michel Onfray

août 2002

Michel Onfray est professeur de philosophie dans un lycée technique de Normandie. C’est aussi un écrivain qui a derrière lui quelques succès littéraires mérités : le Ventre des philosophes, Cynismes, l’Art de jouir, la Sculpture de soi, la Raison gourmande. Indissolublement brasseur du jouir et de l’utopie. Sa Politique du rebelle réconcilie l’idée que le plaisir peut être ce que l’on recherche en priorité - et par suite la réconciliation de l’individu avec son corps - et une révolte contre le conformisme ambiant et le dogmatisme qui sont les meilleurs alliés du conservatisme social.

L’auteur de La sculpture de soi (prix Médicis de l’essai 1993) prolonge son apologie d’un matérialisme hédoniste en un pamphlet d’inspiration libertaire, Politique du rebelle, qui magnifie la figure du rebelle et nous invite à réenchanter le monde en reprenant l’histoire là où elle a manifesté pour la dernière fois l’irrépressible désir de révolution. Soit : accomplir Mai 68 contre le règne de la raison économique en pariant sur la "puissance du principe de plaisir et sa capacité à informer le réel contre le triomphe impérieux et sans partage assuré par la droite au principe de réalité" et en formulant "les conditions de possibilité d’un individualisme qui ne soit pas un égoïsme".

Michel Onfray se réclame d’une "mystique de gauche". Il n’est pas pour autant dans "la gauche mystique". La culture de ce fils d’un ouvrier agricole et d’une femme de ménage intègre et révolutionne la pensée de Nietzsche, celle de Michel Foucault, d’Auguste Blanqui et de Gilles Deleuze. Le résultat, c’est un homme qui " a les pieds par terre ", comme le complimentera au cours de la soirée l’animateur de cette rencontre, le philosophe Jean-Paul Jouary. La vedette de la soirée avait neuf ans en mai 68. Il en retient "ce que les philosophes appellent l’intersubjectivité, le rapport entre les individus". On ne sait plus parler pareil après... Ni à l’école, ni dans le couple, ni au travail. Le moment lui semble venu de substituer au désenchantement du monde un certain réenchantement. Dans le sens de ce que Gilles Deleuze appelle "le devenir révolutionnaire des individus" : "reprendre mai 68 là où il a été abandonné...". Michel Onfray souhaite "faire entendre une voix libertaire au quotidien". Le débat qui a suivi donne une idée de l’effet de diapason produit sur son auditoire. "Je n’ai pas perdu mon temps ce soir, déclare une participante, je viens de découvrir que j’étais une hédoniste libertaire !" Les questions de haute volée théorique se mêlent aux questions plus intimes. Certains de ses lecteurs font état, avec une certaine impudeur, du plaisir qu’ils éprouvent à le lire. Moments de vérité. L’idée que l’affect maille toute la vie sociale et politique progresse-t-elle ? C’est dans ce climat que la question des pouvoirs est posée. Au plus haut niveau. La soirée s’achève sur un éloge de la révolte... Michel Onfray fait l’apologie du révolté qui le demeure jusqu’au soir de sa vie et note que bien des révolutionnaires victorieux - en France ou ailleurs - sont devenus les conservateurs du lendemain."

L’Humanité