Le recours aux forêts

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Journal de la cabane (1)

2009, par Robin HUNZINGER

Cette roulotte. J’ai commencé à l’habiter les étés de mon adolescence. Elle était à l’abandon, et je me la suis appropriée. C’est là que j’emmenais mes petites amies. C’était mon nid d’amour. Le 28 décembre 2000, j’y suis revenu. J’avais longuement préparé ce retour y emportant une bâche pour le toit, en préparant du bois, des bougies, des livres, des cahiers, des stabilos : tout un attirail pour imaginer mon prochain film. Il faisait 0° dehors, et la neige tombait. J’ai posé des tapis par terre, car le sol était encore humide. Je voulais expérimenter la cabane, jouer avec son idée. Si la cabane n’est ni dedans, ni dehors, où est-elle ? A la fois reliée et séparée, elle propose, elle imagine, elle refuse.

J’ai écrit. Sur un cahier :
- me laver les dents avec du dentifrice et de la neige.
- prendre la neige pour faire du thé dans une casserole.
- entendre le bruit du bois et se lever la nuit pour entretenir le feu.
- une jeune femme connaissant la cabane et capable de prendre la route de nuit pour me rejoindre. La buée qui sort de sa bouche à cause du froid lorsqu’elle parle le matin.
- lire La cuisine paléolithique de Delteil et rêver aux escargots que je pourrais trouver au printemps pour les faire cuire.
- prendre une douche nu, l’été, sous une pluie d’orage.
- écrire dans des carnets, expériences de la vie créatrice, idées, foules d’idées dans ce lieu sans règles.
- relire Walden de Thoreau.

Walden. Il tient une place importante.
C’est un livre que je relis et surligne.
Thoreau resta deux ans dans sa cabane qu’il construisit au bord de l’étang Walden, réduisant ses besoins à l’essentiel. Il étudia soigneusement les moyens de subsister sans aliéner sa liberté. Cet ascétisme n’avait d’autre volonté qu’un hédonisme épuré. Il vivait au rythme de la nature, aspirant à une union avec elle ; il observait la faune et la flore de Walden. Thoreau vécu une existence de pionnier, défrichant à la fois le sol et son âme. Il y est resté deux ans. Pas besoin de plus. Ce n’est pas la durée qui fait la richesse de l’expérience mais l’expérience qui fait la richesse de la vie.

En fait la cabane de Thoreau, comme les cabanes des mythes ou celles qu’évoque la littérature, est un dispositif à rêver, à imaginer, à faire, à être, à penser - avec ce que le rêve peut nous offrir de merveilleux et de divin.

Je. Ma cabane à moi est plus qu’un rêve ; elle est une maison de rêves, ma maison onirique, ce lieu d’intimité absolue. Elle ressemble à la maison lointaine et perdue que je n’habite plus. Elle joue avec l’absence. Je souhaite raconter cette magie active, l’approfondir, ici.

Messages

  • Eh bien, Walden est encore là, à côté du pc (quand il n’est pas dans ma voiture) archi surligné et annoté. Nos expériences de cabane sont extrêmement similaires !
    C’est dans la cabane Dersou que j’ai vraiment commencé à écrire mon bouquin "Mes mille maisons des Vosges". C’est le seul lieu où je puisse lire et où, pour écrire, "les idées viennent" !
    Mart. S.