Le recours aux forêts

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Journal de la cabane (2)

2003, par Robin HUNZINGER

Enfant. J’habitais en montagne où mes parents élevaient des moutons. Ils s’y étaient installés dans les années soixante.

De leur expérience dans les bois, ils ont écrit un livre. Ils m’ont appelé Robin.

J’ai découvert Thoreau, Arno Schmidt, Kerouac dans leur bibliothèque, et aussi Shelter et Les charpentiers amateurs américains. Nous n’avions pas l’eau courante. Nous nous lavions à la fontaine ou dans des baquets et nous nous chauffions au bois.

C’est là que j’ai réalisé mes premières cabanes à l’écart des adultes, me récréant un monde comme aujourd’hui, 20 ans plus tard, Félix et Apolline mes petits voisins.

J’ai demandé aux enfants ce que représente pour eux la cabane :

Felix texto. "Ce que je préfère quand je fais des cabanes c’est surtout quand je les installe etc. et c’est surtout quand tout est fini pratiquement etc. parce que je me sens à l’abri et etc. je me sens très bien à l’abri et donc je pourrai même dormir dedans. Ce que j’aime beaucoup aussi dans les cabanes c’est surtout quand je fais la construction parce que c’est à la fois rigolo, marrant et super surtout quand on met des fougères, enfin, bon, c’est mon plaisir de faire une cabane."

La cabane donc, une maison d’intimité absolue, lointaine perdue. Ma cabane sur roue est une cabane onirique, le premier abri.

"Ce n’était qu’un réduit

Mais j’y dormais tout seul

Je me blottissais là

j’avais comme un frisson

Quand j’entendais mon souffle

et c’est-là que je connus

Le vrai goût de moi-même"

J’imagine la maison de la Walkyrie. Un frêne la traverse et en est le pilier. Les murs tiennent aux branches. Le feuillage est un toit.

J’aime la précarité de ma cabane et surtout quand Najda vient de la ville en voiture jusqu’au hameau situé un kilomètre plus bas.
Je descends la chercher.

J’entends toujours sa vieille voiture monter.
Après, une fois les victuailles mises dans le sac à dos, nous montons à pieds à travers les bois. Il fait souvent nuit quand Najda vient dans les montagnes.

Puis nous arrivons dans la cabane. Il fait très chaud. Dans les yeux de l’autre, nous pouvons voir chacun notre propre regard. C’est très beau. On ouvre une bouteille de Gewur... qu’elle a emportée.

Je savoure ces moments-là. Je ne les oublie pas.

Nature, cabane, amour.

Faire l’amour dans la cabane sous la neige. Le vent fait trembler la cabane. Nous sommes sous la couette. De la fumée sort de nos bouches.

Je me lève toute la nuit soit toutes les trois heures pour refaire du feu. Le matin il fait deux degrés. Je refais le feu. On reste sous la couette. Il fait chaud.

Le ruisseau en contrebas nous attend.

Puis. Présent. Seul, la nuit. Je prends conscience que je suis abrité. Ma bougie donne un air d’île à ma cabane. Un îlot de lumière dans la nuit.

Vu personne depuis quelques jours.

Couper du bois.

Enlever des ronces.

Brûler des feux. Je fais beaucoup de feux ici. J’aime cela. C’est mon père qui m’a appris à aimer ces longs moments de rêverie où l’on surveille les feux et ou l’on rêve. Mais je ne fais pas que rêver. Je prépare l’endroit. J’ai des projets. Faire une vraie cabane (la vraie cabane c’est celle qu’on construit). Un petit nid.

La nuit tombe. Une neige de feuilles mortes tombe ce soir.

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