Le recours aux forêts

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Journal de la cabane (4)

2003, par Robin HUNZINGER

Aujourd’hui. J’ai recouvert la cabane d’une nouvelle bâche. Coupé du bois. Une dizaine de morceaux de pins et de chêne que j’ai ensuite fendus.

Arno S. Dans Miroirs noirs, le roman où il décrit la vie de l’unique homme ayant survécu à une guerre nucléaire, Arno Schmidt montre un homme construisant une cabane. Ici, avec ce geste archaïque et spontané, prend place une rêverie universelle dont on pourrait égrener les stations à l’infini : la maison d’Adam, les kiosques des jardins chinois, l’isba des contes de la forêt russe.

Un lieu où habiter le temps, en posant en lui des points immobiles, des points où il pourrait ralentir, être écouté. Rien de solennel à cela, tout au contraire. Une cabane comme un mouvement lointain, comme un mouvement d’enfance. Non pas la propriété privée mais un découpage de l’espace qui est un retrait dans le temps. Ni la maison, ni la chaumière, mais un lieu échappant à l’inconnu, un lieu dans une partance immobile, suspendue.

Révolution. La révolution joue à chat perché et les nouveaux terroristes font des cabanes dans les arbres. On les appelle les ecowarriors, les écolos guerriers. Nouveaux rebelles avec cause, actions directes, actions d’éclats, théâtrales, inédites. Nouvel engagement citoyen dans les cabanes. Cabanes citoyennes et engagées.

Il ya un an et demi. C’est le premier film où je vais faire l’image moi-même. J’avais toujours un chef op pour les précédents. Je veux le faire avec la PD 150 et Final cut pro. Un film autonome. Construit de façon autonome. Libre. Il faut trouver une liberté de tournage, une liberté de faire et de rêver.

* des plans :
- Matin et soir (éléments différents) : surtout pluie, brouillard, (d’en haut c’est très beau avec les montagnes), avec feux autour, surtout derrière le soir car la fumée descend et peut passer devant.

- La vue des feux dans la montagne, les autres feux, comme d’autres présences.

- les voix des parents appelant les enfants et le rire des enfants quand le soir tombe.

- La nuit noire, éclairée de loin. La lune, les arbres, leurs ombres.

- (vers l’extérieur) : Les vitres évidemment, matin et soir, sous la pluie avec tous ces beaux sons (vent, grincement des arbres, pluie, orage, animaux (les chiens plus haut aboyant)).

- Objets : livres, lit ouvert, fermé, chaussettes séchant, brosse à dent, cahier, ordinateur) : en subjectif : jouer le mouvement,( pas de plans fixes ici, mais du mouvement. Mon reflet dans la glace. Chercher le mouvement.

Je pense à des séquences :

Scène 1
Elle arrive en bas de la petite vallée.

Scène 2
La jeune femme lit dans le lit. Son reflet, le mien, regards. Jouer sur les regards que l’on a dans la cabane. Ils sont très beaux, très amoureux.

Scène 3
Ballade autour de la cabane. Subjectif de mon regard. Plans de pieds, murettes, regards. Plans très généraux de nous fait avec un pied (entrée, sortie de champs, avec la cabane en arrière-plan). Jouer avec les arbres, les gestes.

Scène 4
la jeune fille part la nuit. Elle prépare ses affaires. (tjs en mouvement)

Les enfants
Scène 1
Assis sur à la table de la cuisine d’en bas, feu de bois, la petite fille lit le livre des cabanes. Ou quelqu’un lui lit (comme la photo avec Ori). J’aime bien le personnage d’Ori. je le vois bien lire l’histoire. Son frère prépare son modèle réduit de cabane. Il y a des livres partout.

Scène 2
Les voix des parents appelant les enfants et le rire des enfants quand le soir tombe. Des ombres de couleurs montent un chemin. La maison est en haut du chemin, éclairée (comme sur le tableau). On entend des éclats de rires.

Scène 3
la construction (le printemps)

Claudie
Scène 1
Une voix d’abord lisant le passage des enfants de Grimm, celle de Claudie. A l’image des plans (avec échelle, des feuilles de papier, etc...) les plans de la cabane et de l’échelle qu’elle prépare, puis les échelles de son grenier, ou elle grimpe, cherche des feuilles. (Première longue séquence à l’intérieur)

Complétée par d’autres séquences à l’intérieur de l’atelier cabane ou cette deuxième cabane va se construire. (prévoir quelques plans d’entrée et sortie de cet atelier.)

Eco warrior

Séquence de l’intérieur de la cabane perchée. On est tjs dans les arbres. Point de vue fort.

Lettre d’après Winnicot à Najda

Un mouvement, un processus en train de s’effectuer, une capacité et non le produit fini. Il n’y a pas de produit fini.
Ce qui nous fait nous sentir vivant, la créativité primaire, plus fondamentale que la sublimation.

Nous nous trouvons dans une cabane, dans l’entre deux du dehors et du dedans, un terrain de jeu aux frontières mouvantes qui fait notre réalité.

Quelque chose qui donne la certitude d’exister : peu de chose, moins que rien, simplement ce qui m’arrive quand je peux l’accueillir.

Une aire intermédiaire d’expérience selon Winnicott, une espace potentiel qui met en relation la réalité du dedans et du dehors. Le jeu de la cabane est extraordinairement excitant. Précarité du jeu, précarité de la magie. On manipule des objets extérieurs, on les met au service du rêve, on investit ce rêve. On a la liberté de formuler ses idéaux, d’avoir des idées, d’agir.

Il faut maintenant mettre tout cela en image, en sons, trouver la matière qui va investir ses mots.

Je t’embrasse,

pleins d’idées,

de vitalité.

Hiver. Il est là. Feu de bois. Fumée. Les bâches claquent. Jeu et bruit de l’eau. Musique de la cabane. Les carnets se remplissent. Un deuxième film est en train de se faire. Dans le grondement. La montagne. Le papier. Le feu.

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