Le recours aux forêts

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Les cabanes d’Edouard François

2004, par Le recours aux forêts

Ce projet étonnant est un des plus précurseurs du panorama architectural actuel. Il abrite des logements derrière une paroi de gabions (pierre concassée engrillagée, ...) desquels doivent émerger une végétation luxuriante. Edouard François a doté chaque appartement de balcons en porte-à-faux ou dans une boîte sur pilotis (sorte de cabane dans les arbres), reliée au bâtiment par une passerelle aérienne.

Edouard François a déguisé sa dernière construction en vieille maison de pierre recouverte de mousse. On s’y promène sur des passerelles à la cime des arbres et, quand il fait beau, on déjeune dans une cabane sur pilotis. Un rêve d’enfant devenu réalité pour les 64 propriétaires de la dernière construction de l’architecte paysagiste Edouard François. Avec sa base formée d’énormes blocs de rochers dont certains dépassent 11 tonnes et ses cabanes en bois sur pilotis dorés qui s’élancent vers le ciel, le " château le Lez " ne passe pas inaperçu. D’autant que depuis quelques semaines sa façade se couvre peu à peu de verdure. " Entre les pierres de lave de Turquie, qui comme la pierre ponce est très poreuse, j’ai disposé plus de deux tonnes de graines de Sedum ", raconte Edouard François. Un grillage inoxydable retient les milliers de plantules. La paroi est parcourue de profondes rainures où l’eau peut circuler. Un arrosage automatique, enrichi en engrais, est prévu une heure par jour - la nuit, en l’occurrence - sans risquer de provoquer d’intempestives infiltrations car l’étanchéité intérieure a été renforcée.

Édouard François, architecte, nous raconte son projet "L’immeuble qui pousse" réalisé à Montpellier.

"Deux points ont déterminé presque instantanément le projet.

L’un relève du programme : ce sont les balcons. Ils sont récurrents à tout programme d’habitation dans la région. C’est un passage obligé surtout dans la promotion privée.

Le projet aurait d’ailleurs pu n’être que cela : "le balcon dans tous ses états". On y a pris beaucoup de plaisir car il y a beaucoup d’usage potentiel. Des balcons, il y a en a pour tous les types de logements, grands comme petits, personne n’a été oublié. On a commencé par les cabanes, normal, c’est "le must". La cabane est une sorte de "boite à chaussure", en bois, sans toit. Elle est perchée en face de chez vous. Vous y accédez depuis votre séjour par une passerelle, à vous, pour entrer dans la chose de 16 m2 commercialement baptisée "séjour d’été". On en a tellement rêvé qu’on en a construit une tout de suite. Non pas pour en vérifier l’esthétique mais simplement pour pouvoir la voir, l’essayer, la vivre. On n’est plus dans un appartement, on est ailleurs, dans les arbres.

Les arbres, il a fallu les planter, sans quoi les cabanes n’auraient été que des guérites perchées. On est allé en forêt. Là, on a choisi de beaux arbres matures, aux branches tortueuses. Ceux dont personne ne veut car trop vieux et trop tortueux. On a planté les monstres sous les cabanes, de façon à ce que leurs branches en se développant prennent la cabane à califourchon. Les arbres font plus de 18 mètres de haut pour ombrager de suite le dedans des cabanes.

On s’est intéressé ensuite aux plus petites surfaces. On a dessiné par terre un morceau de sol d’une taille suffisante pour pouvoir s’y tenir entre ami. On l’a clôturé avec de la ganivelle, de celle que l’on trouve en bordure des plages. On y a planté dans un coin du jasmin d’hiver. Puis on a arraché le tout pour l’accoler à votre séjour. L’exécution n’est que cela, tout y est, même la plante qui pousse à même le sol du balcon, et dont la terre se niche dans une bosse en sous face du lopin de terre : votre balcon.

L’immeuble est construit contre des platanes centenaires et un très vieux tilleul. On a demandé au géomètre de nous relever en 3 D, la forme des branches pour ne pas les couper, puis on a implanté les balcons "terrain" contre les branches, à 5 cm très exactement. La tempête ou la bêtise humaine a tout effacé. Les élagueurs de la ville ayant pris peur après l’ouragan ont élagué les arbres méchamment. Le déhanchement des balcons à certains endroits grave la mémoire des branches disparues. Seul le tilleul a échappé au supplice. Un balcon de 10 m2 sied sur sa cime. De certains endroits, on a presque l’impression qu’il repose sur le faîte de l’arbre.

Il y a aussi des plongeoirs, des pontons de bois, suspendus, de 2 mètres de large, qui vous mènent quelque 6 mètres plus loin dans les branches.

Il y a aussi les terrasses. Les toitures de l’immeuble qui sont traitées en sol naturel, en stabilisé, comme les allées des jardins publics. Les relevés disgracieux d’étanchéité ont été masqués de façon à renforcer l’idée d’habiter en pleine terre. Pour moi un bon architecte se reconnaît à ce seul détail : ne pas voir l’étanchéité. Quand le pantalon est trop court, on voit les chaussettes, j’ai toujours eu horreur de ça. L’étanchéité c’est pareil. La cacher est un art. Il faut suivre le parcours de l’eau, la piéger discrètement tout en rendant le tout étanche. Les terrasses sont pour les appartements d’exception. Elles peuvent être agrémentées au choix d’une cabane. Un seul propriétaire en a levé l’option. On la lui a mise à cheval sur l’acrotère, en équilibre. De là, il a un point de vue imprenable sur le Lez, la rivière qui coule en bas. La position des appartements a été guidée par les possibilités de leur terrasse. En jouant avec un projecteur sur la maquette, je me suis aperçu que les cabanes situées sur la façade Est, continueraient à recevoir le soleil même quand il est à l’ouest. Le soleil passe en milieu d’après-midi au-dessus du bâtiment pour plonger dans les cabanes. Fort de cette constatation on les a éloignées un peu plus du bâtiment pour pouvoir parfaire l’ensoleillement. Les appartements situés sur cette façade sont gâtés. Ils bénéficient de la vue sur la rivière et bien qu’ils soient à l’est, d’un coin au soleil toute la journée.

L’autre point relève de la matière. Celle avec laquelle construire le bâtiment. La matière se doit d’être sensible au contexte comme un épiderme. Sensible aux arbres centenaires, aux berges du fleuve, comme à la température de l’été. Elle doit assurer dedans le confort comme dehors l’(in)visibilité du bâtiment. Une chose qui m’a ravi pendant le chantier est que le bâtiment ne se voyait presque pas. C’est ce que je voulais sans trop oser y croire, normal, une bête de 100 m de long sur 7 étages, ce n’est pas forcément discret. Personne n’a compris mon bonheur sur le coup."

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