Le recours aux forêts

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Du lourd et du léger

janvier 2010, par Jean Soum

L’acte architectural, l’élévation de bâtiments dans l’espace, doit vaincre une contrainte de taille, la pesanteur qui tend à ramener au sol tout ce que l’on voudrait dresser. Les différentes techniques pour résoudre ce problème essentiel peuvent se résumer à deux, la lourde et la légère. La première, la lourde, va consister à passer en force : réaliser une bonne assise et empiler par-dessus. Le plus simple est le tumulus d’où dérive la pyramide : une base importante et un empilement allant en se rétrécissant. A condition que la base soit stable et que les matériaux soient assez durs pour ne pas s’effondre sous leur propre poids, ça marche. Pour la pyramide de Chéops comme pour la muraille de Chine, les murs des châteaux forts ou ceux des simples maisons.

Et pour couvrir l’espace entre les murs, de grosses poutre rigides qui supporteront la couverture. Veut-on alléger le système ? On remplacera les murs pleins par des colonnes sur lesquelles on jette comme des ponts et l’on obtient les temples grecs et romains, ou les systèmes poteaux poutres qui constituent l’ossature de maisons actuelles. Mais fondamentalement on n’a pas beaucoup évolué, le principe reste le même, une architecture obtenant sa stabilité avec sa lourdeur. Et nécessitant bien des efforts pour sa construction, des grues et autre gros engins ; et pour les grosses réalisations du passé, l’existence d’un état autoritaire capable de faire travailler sur de longues périodes une masse de paysans ou d’esclaves. La seconde, la légère, va aborder le problème gravitationnel en finesse, et d’abord en offrant peu de prise à la pesanteur, peu de masse. Et remplaçant l’inertie de la matière par une intelligence dans l’organisation, l’arrangement des matériaux et leur assemblage dans l’espace. Plus c’est léger, plus grandes sont les possibilités d’arrangements, plus faciles sont les liaisons, une corde, un clou et le tour est joué.

La pyramide de Chéops d’un côté comme symbole d’architecture lourde, construite il y a plus de 4000 ans et la dernière des merveilles du monde antique encore visible.

Le dôme de Montréal de l’autre, symbole d’architecture légère conçu par Fuller comme pavillon des USA pour l’exposition universelle de 1967.

La cabane est un bon exemple d’architecture légère. Parfois perchée dans un arbre, vite construite par une seule personne ou un groupe de copains, avec des matériaux divers, de broc plutôt que de briques, elle symbolise la liberté du geste.

Quand la maison lourde se veut rassurante, sûre de ses assises et bien liée à la terre, orgueilleuse d’avoir soumis les forces naturelles, la cabane satisfait l’esprit aérien de l’humain, sa légèreté sur la planète, ses rêves d’union à la nature et son goût du vagabondage.