Le recours aux forêts

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Le confort de la cabane Dersou

La cabane, un espace de méditation et de ressourcement

janvier 2010, par Martine Schnoering

« Avez-vous la paix, cet élan serein qui révèle votre pouvoir ?
Avez-vous des souvenirs, ces lueurs en arcade qui coiffent les cimes de l’esprit ?
Avez-vous la beauté, ce chemin qui conduit votre cœur à travers les objets de bois et de pierre jusqu’à la montagne sacrée ?
Dites-moi, avez-vous tout cela dans vos maisons ?
Ou plutôt n’avez-vous rien d’autre que le confort, cet amour du corps pour le confort, qui rampe pour franchir votre porte en invité et devient votre hôte, puis vous reçoit en maître ?
Et le voici dompteur qui, avec fourche et fouet, vous tire par les fils de vos amples désirs pour en faire des pantins.
Si sa main est de soie, son cœur est de pierre.
Il vous berce jusqu’au sommeil uniquement pour rester devant votre lit et pour mieux railler la dignité de votre chair.
Il se moque de vos cinq sens et, tels des vases fragiles, les dépose dans le duvet du chardon.
En vérité, l’amour du corps pour le confort assassine la passion de l’âme, puis marche en ricanant derrière son cortège funèbre ».

Khalil Gibran – Les maisons

http://meltingpot.fortunecity.com/upper/560/kg09.htm

Quand ils voient pour la première fois la « cabane Dersou », cette maison sans clé ni clôtures perchée sur la montagne, mes amis s’exclament souvent : « Mais ! Comment fais-tu sans confort ? »

L’eau ? Il y en a à profusion et gratuitement (même pour les habitants) dans le village situé dans la vallée proche où jaillissent des sources d’eau pure. Il suffit d’en chercher quelques bidons. Régulièrement, le ciel en déverse plus qu’il n’en faut pour remplir les récipients.

Les toilettes ? Allez dans la forêt. La terre et les bousiers recycleront ce que vous aurez recouvert d’humus.

L’électricité ? Pour une veillée, l’éclairage à la bougie est magique, procure une détente et prépare au sommeil en douceur. Vous réapprendrez, tout naturellement, à vous coucher peu de temps après la venue de la nuit et à vous lever avec le jour. Comme les animaux, vous dormirez plus en hiver et moins en été.

Le lit ? La planche du banc recouverte d’un mince matelas mousse s’entendra à merveille avec vos vertèbres.

L’espace ? Il est dehors. Toute la beauté du monde est là.

Les distractions ? Vous redécouvrirez le plaisir de lire, écrire, dessiner, observer, peut-être photographier… Le chant des oiseaux, diurnes ou nocturnes, le chant ou le raffut des lérots, le brame du cerf, le vent, la pluie, ou tout simplement le silence, nettoieront votre esprit, minimiseront vos soucis. Vous aurez le plaisir d’accueillir d’autres randonneurs ou visiteurs et de passer un moment convivial avec eux. Contempler la pleine lune, les étoiles, la belle montagne du Donon, illuminée par le lever et le coucher de soleil, on ne s’en lasse jamais…

« Le temps n’est qu’un ruisseau dans lequel je vais pêchant. J’y bois ; mais tout en buvant, j’en vois le fond de sable et découvre le peu de profondeur. Son faible courant passe, mais l’éternité demeure. Je voudrais boire plus profond ; pêcher dans le ciel dont le fond est caillouté d’ étoiles. Je ne sais pas compter jusqu’à un. Je ne sais pas la première lettre de l’alphabet. J’ ai toujours regretté de n’être pas aussi sage que le jour où je suis né. »

Henri David THOREAU– Chapitre : Ce pour quoi je vécus (page 97) – Walden ou la vie dans les bois. L’imaginaire Gallimard, 1922 pour la trad. Française.

Se chauffer en hiver ? L’eau chaude ? Pour cela, vous apporterez, si possible, un peu de bois personnel auquel vous ajouterez éventuellement quelques morceaux de bois mort. Les bûcherons ou d’autres visiteurs en laissent également parfois quelques quartiers, qu’il en soient remerciés !

L’entretien (ce que l’on appelle couramment le ménage) : le sol de terre battue et de gravillons est « auto-nettoyant » ! Laissez tomber quelques miettes ou reliefs de repas, ils disparaîtront comme par enchantement ! Les micro-organismes de la terre en digèreront sans problème les miettes infimes, juste après le passage des souris ! Il n’y a jamais de mauvaises odeurs.

D’autres personnes, que l’on ne connaît pas, entretiennent également la cabane, nettoient les vitres, décorent, réparent.

Enfin, il est permis de respirer un air toujours pur !



« L’air matinal ! Si les hommes ne veulent boire de cela à la source du jour, eh bien, alors, qu’on en mette fût-ce en bouteille, et le vende en boutique, pour le profit de ceux qui ont perdu leur bulletin d’abonnement à l’heure du matin du monde. Toutefois, rappelez-le-vous, il ne se conservera pas jusqu’à midi tapant, fût-ce dans le plus frais cellier, et bien avant cela, fera sauter les bouchons ou s’en aller vers l’ouest sur les pas de l’aurore. »

Henri David THOREAU– Chapitre Solitude (page 138) – Walden ou la vie dans les bois. L’imaginaire Gallimard, 1922 pour la trad. Française.


D’autres citations :

Je redoute l’hiver parce que c’est la saison du confort !
Arthur Rimbaud Extrait d’ Une Saison en enfer

Nous agissons toujours comme si le confort et le luxe étaient essentiels à notre existence, alors qu’il suffit pour être réellement heureux de trouver quelque chose qui nous intéresse passionnément. Charles Kingsley

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