Le recours aux forêts

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Ma maison dans la Forêt

dimanche 11 janvier 2009, par Martine Schnoering

« Dans ma maison, vous viendrez,
D’ailleurs ce n’est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait personne. »

Jacques PREVERT, Paroles
Extrait de : « Dans ma maison ».

Massif du DONON décembre 2OOO « Ma maison dans la forêt » n’est pas à moi et ne semble pas non plus appartenir à qui que ce soit. Elle offre son modeste « confort » à tous ceux qui en franchissent le seuil, randonneurs en quête d’un abri, fêtards d’un soir, bûcherons ou « ermites du dimanche », comme moi, à la recherche d’un peu de calme.
Ma maison dans la forêt est minuscule mais je m’y sens tellement bien ! Elle a un petit auvent, une porte, plein de fenêtres et presque pas de murs. L’intérieur est sommairement meublé d’une table, deux bancs, deux porte-manteaux et, luxe suprême, d’une grande cheminée en pierre de grès. Le sol est en terre battue recouvert de gravillons. La lumière y pénètre par six fenêtres avec... 25 carreaux !
Je les ai comptés ce matin, car la semaine dernière, en stockant du bois, j’en ai cassé un. De simples bandelettes de papier journal ont suffi pour prendre des mesures et je viens à peine de le changer. Le mastic ne sèche pas car il fait froid, mais ça m’a fait très plaisir de remplacer le vieux carreau terne et cassé par un nouveau, tout transparent ! Du coup, j’ai eu envie d’en changer un autre, juste à côté, fendu par d’autres occupants. Ce que j’ai fait. Toutes ces fenêtres rendent la maisonnette très lumineuse et permettent de détailler le paysage à 18O degrés, bien à l’abri et bien au chaud.

J’écris sur la table, le dos chauffé par le feu, en regardant de temps à autre devant moi des fougères rousses ondulant dans le vent. A ma droite, d’autres fougères, une forêt d’épicéas et, vestige de la tempête de 1999, une grande racine dont les bras gesticulent dans tous les sens comme une divinité indoue. A ma gauche, l’antenne et le temple du Donon jouent à cache-cache avec la brume. Derrière moi enfin, la forêt toujours et un gros tas de bois protégé par une bâche de plastique tissé blanc. Les murs intérieurs du refuge sont tapissés de ce même matériau, simplement agrafé.

Celui-ci me rappelle les coussins brodés de couleurs vives ornant la tente berbère au Maroc, qui sont confectionnés avec le même « tissu » et Chloo, une charmante jeune fille nomade que j’ai photographiée en plein travail. Cet endroit privilégié m’accueille depuis plusieurs années et il me semble normal de veiller sur lui en emportant régulièrement les bouteilles vides et autres déchets abandonnés par certains visiteurs désinvoltes, de ranger un peu de bois sous l’auvent pour qu’il sèche, de laisser quelques bougies, allumettes ou allume-feu en pensant aux suivants. D’autres personnes font un peu d’entretien et quelques réparations, mais je ne les ai jamais rencontrées. Je chéris cette maisonnette, qui me fait penser à celle d’un de mes « films-culte » : Dersou Ouzala, de KUROSAWA, une référence absolue en ce qui concerne « l’ esprit-bivouac ».

C’est dans ce sens que j’ai cru bon d’enrichir le mobilier d’une humble pelle métallique, bien pratique pour nettoyer le foyer et jeter les cendres froides. Un inconnu y avait laissé une hache qui a disparu peu après. Peut-être l’a-t-il récupérée ? Ma pelle ne suscite pour le moment aucune convoitise. Il est si agréable de passer ici quelques heures au calme ! Qu’il fait bon y lire, écrire, rêver, faire une sieste sur un banc devant le feu, ou bien déguster de succulentes grillades en compagnie de quelques amis. A la lumière romantique des bougies, c’est un bonheur d’écouter la pluie crépiter sur le toit de tôle, le vent hurler dans la forêt, ou bien de regarder tomber la neige, dont l’odeur si fraîche se mêle à celle du feu de bois…

(

Messages

  • Il faut les cacher ses merveilles....

    Pour infos je n’aie pas le mot "jeune" trop utilisé par la TV. On ne parle pas de "vieux". Mais je comprend la fureur de l’auteure.

    • oui, c’et vrai, Jessica, vous avez parfaitement raison de souligner que le mot "jeunes" trop souvent employé péjorativement. J’ai appris depuis, quand je parle du vandalisme dans les chalets, à dire : "jeunes et moins jeunes"... Car j’ai vu à l’oeuvre, personnellement, un groupe de personnes de 25 à 50 ans, qui avaient des conduites fort grossières, en forêt et dans un refuge en particulier (pas celui de la photo). Il ne faut jamais coller d’étiquette à qui que ce soit !
      amicalement, MS

  • Bonjour, je viens d’arriver à cette histoire de cabane par hasard sur ce site inconnu (de moi) jusqu’ici.
    D’abord, merci de ce texte. C’est fort bien écrit, c’est passionnant, très bien raconté.
    Alors que la répétition (des dégradations / réparations) pourrait sembler fastidieuse, elle devient moteur d’un suspense, on est pris -et admiratif-par votre calme obstiné face aux virées iconoclastes. On se prend d’affection pour cette cabane-personnage de votre récit.
    Ca, c’est l’écriture (et ça m’intéresse).

    L’autre façon de prendre ce récit engendre moins d’enthousiasme evidemment. C’est triste. C’est un constat de société.

    Il y a quelques années dans le Vercors, au dessus de Chatillon-en-Diois,
    j’ai vu des tags bombés sur des rochers à l’arrivée d’une ballade qui consiste en une montée de 1200m de dénivelé par un petit sentier très très raide. Aucune route ne va là-haut. C’est un Parc National, hyper-réglementé. Il y a donc quelqu’un qui est monté avec des bombes de peinture dans son sac (alors qu’on pense plutôt à s’alléger) bien déterminé à ce qu’il allait faire dans un "sanctuaire".
    La bêtise est apparemment sans imites.

    PS. Je connais bien le coin dont vous parlez poura avoir habité une quinzaine d’années à Strasbourg :=) Belle région ! Amitiés.

    Voir en ligne : hello

    • Bonjour « hellohlala »

      Merci pour votre commentaire très intéressant, et votre site que je viens de visiter... J’ai adoré l’histoire du dentiste (le plaisir dans la douleur) !
      A propos du vandalisme : oui, le vandalisme est un vrai problème de société, que je rencontre régulièrement dans le massif des Vosges, étant très souvent sur le terrain. Quelques réflexions personnelles sur ce sujet :

      Vous parlez des tags sur les rochers dans le Vercors. Vous dites : "C’est un Parc National, hyper-réglementé".

      Différentes catégories de personnes, pour différentes raisons, arpentent le terrain, du Vercors, des Vosges, ou autre :

      -  les randonneurs et/ou photographes, admiratifs et respectueux de la nature sauvage, comme moi,
      -  Les naturalistes, qui oeuvrent pour la protection de la faune et de la flore,
      -  Les chasseurs,
      -  Les chercheurs de champignons ou autres plantes,
      -  Les vététistes, cavaliers et autres grimpeurs de rochers.
      -  Les fêtards qui cherchent l’isolement pour boire et fumer…

      Ces personnes ne font pas toujours très bon ménage…

      Dans le parc naturel régional les Vosges du Nord, par exemple, il semble y avoir des problèmes de ce genre.
      En règle générale, l’hyper-règlementation des sites naturels, en raison de la protection de la faune, de la flore etc., n’est pas toujours bien vécue.
      l’interdiction pure et simple TOUTE L’ANNEE de bon nombre de sites, parmi les plus grandioses, les plus remarquables : interdit de pénétrer, interdit de stationner, interdit de marcher, interdit de faire du feu, interdit de camper etc. exaspère bon nombre de passionnés de nature et de rochers. Ils se heurtent sans cesse à des panneaux d’interdiction défigurant le paysage, ou placardés, cloués sur les rochers, cependant que le paysage audio-visuel nous bombarde de scènes de nature sauvage idylliques…

      En Allemagne, dans le Palatinat, les sites rocheux sont réglementés une partie de l’année, pour la protection de la faune et de la flore, le reste du temps on peut y accéder. OK. Cela est juste et bon. Cela semble fonctionner.

      La ville est remplie de milliers de panneaux d’interdictions. A l’origine, la nature était là pour le délassement des citadins épuisés et stressés.
      Or, de plus en plus, la nature est également farcie de panneaux d’interdiction… Les « terrains d’aventure sauvages » dont l’homme a besoin, se rétrécissent de plus en plus… Y a-t-il trop d’êtres humains ? Sans doute…
      De plus, sur le terrain des Vosges, du nord au sud, on se heurte régulièrement à des chasseurs qui s’octroient le droit d’être, eux, sur le terrain, et d’apostropher, voire de menacer les randonneurs.
      C’est un fait que j’ai observé personnellement, de nombreuses fois sur le terrain.
      Le chasseur est là, l’arme à la main, qui vous dit sèchement : « Vous dérangez le gibier », alors que nous passons innocemment sur des sentiers balisés !

      Nous n’irons évidemment JAMAIS jusqu’à tagger ou détruire la nature, nous l’aimons, l’admirons et la respectons bien trop pour cela ! Nous n’irons pas non plus vandaliser quoi que ce soit ! Nous appartenons à une génération à laquelle on a appris le respect de la nature et du bien d’autrui.

      Mais pour ma part, dans ces circonstances, je peux peut-être comprendre que des personnes innocentes, jeunes ou moins jeunes, ayant un peu le sang chaud, ayant subi de telles humiliations sur ce type de terrain aient l’idée de « se venger » bêtement par des tags ou du vandalisme… De plus, a plupart des jeunes gens d’aujourd’hui ont été gâtés et n’ont pas eu l’habitude qu’on leur refuse quoi que ce soit.

      Sans vouloir défendre aucunement les vandales du Vercors, ni ceux des Vosges, je me dis : « si ils ont fait cela, il y a bien une raison ? ».

      Bien à vous !

    • Bonjour Martine,

      On peut se demander encore et j’ai bien peur qu’on ait à le faire de plus en plus (nous sommes de plus en plus nombreux) pourquoi certains individus n’acceptent pas –euphémisme- le b-a-ba des règles qui devraient régir la vie en société.

      Vous avez raison quand vous pointez les catégories de personnes qui vont et viennent dans la nature. Et j’ai les mêmes problèmes que vous avec les chasseurs, qui d’ailleurs ne sont pas souvent si bien vus que ça dans les petits villages –la chasse à partir d’un convoi de véhicules 4 x 4 comme ils le font en dégoûte plus d’un.

      Je suis randonneur comme beaucoup, par goût, parce que j’y trouve un grand plaisir. Une sérénité. Une forme d’équilibre qui compense la part de vie citadine. Parce que j’en ai besoin.

      Je ne pense pas comme vous que quelques panneaux d’interdictions rencontrés au cours d’une ballade soient suffisants pour générer une forme de rejet (de l’autorité ?) qui se traduirait par les bris de glace, les cendres, mégots et cadavres de bouteilles alcoolisées de la Cabane Dersou (formidable ce nom ! Bravo !)

      Je crois, plus globalement que les notions conjuguées de propriété / utilisation et appropriation / accessibilité facile / respect des droits d’autrui / n’est plus aussi évidente – et donc évidemment aux jeunes générations- qu’il y a quelques décades. (A ce propos, et surtout sans en faire une règle, je n’aurai pas les pudeurs de Jessica. Ce qu’on a appelé les “émeutes “ des banlieues d’il y a un an n’étaient pas le fait de gens du troisième âge à ce que je sache).

      Le quotidien “Le Monde“ daté 18-19 nov. (samedi dernier), titre “Internet ou la liberté de se goinfrer“ une interview du chanteur Jean-Louis Murat à propos du téléchargement de musique, qui oppose les sociétés productrices et les internautes. Pourquoi payer un CD (et des droits d’auteurs aux artistes musiciens) alors qu’ internet permet de télécharger gratuitement ?

      Je pense qu’il y a un manque de réflexion, voire “d’éducation“, de prise de conscience politique (les grands mots sont lâchés), à propos d’une cabane dans les Vosges comme dans la vie urbaine ou sur le net. Je crois que cela n’est pas nouveau mais s’est fortement accentué.

      Je suis comme vous (comme Dersou :=). Utilisateur de refuges à l’occasion, j’aime que mon passage ne laisse pas de trace parce que je sais qu’un autre passera par là.

      Et à propos des Parcs Nationaux : jamais, au grand jamais on ne rencontre le moindre panneau d’interdiction dans un Parc National. Sauf aux entrées des Parcs, un règlement succin et à juste titre assez draconien (pas de feu, pas d’edelweiss cueilli, etc.) On peut y croiser des gardes (à cheval), c’est assez rare. Le problème des Parcs Nationaux est autre : des gens y habitent et travaillent, or vouloir garder en l’état naturel un territoire avec des humains est difficilement possible ! (récents problèmes du P.N. des Cévennes pour la réfection d’un village en ruines, du P.N. du Mercantour où l’Etat a autorisé l’abattage de loups sous la pression des bergers, alors que la loi et leur charte l’interdit.
      Mais c’est un autre problème…
      Bien à vous et vous remerciant de votre temps accordé.

      Voir en ligne : http://lesecritsbouillis.hautetfort.com/

  • Bonjour
    Ayant découvert tout à fait par hasard il n’y a pas très longtemps d’ailleurs l’existence de la cabane Dersou, je m’intéressé beaucoup à son histoire et par la même occasion aussi un peu à votre histoire Martine. Je reviens donc régulièrement consulter les articles que vous écrivez sur ce sujet. Ils sont très intéressants. J’en découvre des nouveaux à chaque visite sur internet. Je trouves cet endroit très beau et j’ai commencé à prendre des photos. L’une d’elles occupe déjà le fond d’écran de mon ordinateur. C’est un endroit à garder secret ou a ne révéler qu’à des personnes de confiance pour éviter que trop de gens indélicats y mettent les pieds et par la même occasion leurs déchets en tous genre.Trop d’endroits magnifiques sont souillés par les saletés de quelques barbares. J’y suis passé le 22 novembre à cette petite cabane, l’endroit était propre. Bon c’est vrai que le temps étant mauvais, il pleuvait bien entendu, les fêtards préfèrent peut être se réunir dans des endroits plus chauds et confortables. Je vais surveiller çà de près. Je vais régulièrement me promener dans le massif Vosgien avec mon chien et mon appareil photo,surtout qu’en habitant à S........g, j’y suis assez rapidement. Encore toutes mes félicitations pour vos articles qui réflètent votre passion.

    • Bonjour Philippe, nous habitons la même ville sans doute ?
      Je reviens juste de la cabane Dersou, tout était impeccable :
      Cela fait plus de dix ans que je la fréquente, je dois dire que, est-ce le fait d’en parler, sans dire où c’est ?, mais dans l’ensemble, ça va plutôt mieux qu’avant au niveau des ordures abandonnées. De fidèles amis et le club Vosgien de Schirmeck, que j’ai d’ailleurs vu aujourd’hui, m’aident à veiller sur ce petit coin de paradis, font des réparations et de l’entretien.J’ai fait pas mal de photos aujourd’hui, d’ambiance, elles feront très certainement l’objet d’un nouvel article sur mon site. amicalement, Ms

      Voir en ligne : http://www.martineschnoering.com/

    • Bonjour Martine. Pour répondre à votre question, je confirme que nous habitons dans la même ville. D’ailleurs vous trouverez sur mon modeste blog créé il y a seulement quelques jours un indice à ce sujet.Je me suis permis d’y mettre un lien pour votre blog qui mérite d’être connu. Les articles sont très intéressants. Bonne journée à vous.

      Voir en ligne : http://mes-photos-57400.over-blog.com