Le recours aux forêts

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Rencontre avec Jean Soum le passeur d’Archilibre

Rencontre avec un constructeur de zomes et amateur de cabanes

décembre 2004, par Le recours aux forêts

Jean réalise un site web sur l’auto-construction nommé ArchiLibre. Il m’a emmené sur les ruines de sa première cabane, dévorée par les ronces, à nouveau abandonnée, dans la vallée de Seix. Il enseigne l’architecture bioclimatique à l’école d’architecture de Toulouse et il poursuit des recherches sur l’habitat et l’environnement. Ce professeur est avant tout un grand constructeur de cabanes puisqu’il en a construit plus de 20. Depuis, il s’est spécialisé dans la conception et la construction de petits espaces aux formes mathématiques, nommées Zomes, sortes de cabanes ésotériques. Jean comme beaucoup de rêveurs de sa génération s’est intéressé aux cabanes après la lecture du Domebook Two et de Shelter (deux livres cultes américains). Après un voyage aux USA dans les années soixante-dix, il a rencontré le Zome.

Il forme un groupe, "les technologues doux", et s’installe en montagne avec des amis. Là, il va vivre sa vie de cabanes pendant plusieurs années et apprendre que se créer soi-même un lieu de vie personnel peut être l’expérience la plus élevée et la plus profonde d’un homme.

Aujourd’hui Jean ne vit plus dans ses cabanes car c’est une utopie inconciliable avec la vie moderne, les enfants, le travail à l’université. Mais il continue, rêveur, à partir à la rencontre de ces petites constructions si particulières comme s’il cherchait à retrouver l’innocence de sa jeunesse et de ses rêves perdus. Ecoutons-le :

ZOME LIEU PERSONNEL

Ici, ce zome, c’était un peu une bonbonnière, ça c’est un peu dégradé depuis. Il y avait des tentures, un sol très bien. C’était un petit lieu intime où on aimait bien se retrouver soit avec sa copine soit tout seul pour méditer, pour réfléchir un petit peu. C’était à la fois une petite chambre mais surtout un petit lieu personnel où les gens aimaient bien venir passer quelque temps un peu à l’écart d’un groupe. C’était un endroit très joli pour faire le point pour compenser et pour se ressourcer aussi. Voilà ce que je pourrai dire de ce petit lieu qui ne fait en fait que 10 m2, 2 fois 5, il y a deux espaces de 5m2, l’endroit minimum, avec des formes étranges. Cette cabane est très légère, posée dans la nature et a été construite avec beaucoup d’amour aussi, des finitions très jolies, un petit soleil là-bas que je vois, des vitrages vers le soleil et une façon de rentrer par en dessous aussi qui, on va vers le mystère, on monte vers le mystère.

TRISTESSE DE REVENIR

Il y a beaucoup d’émotion oui qui se dégage, c’est une partie de ma vie, c’est un grand espoir qu’on avait mis en s’installant ici, l’espoir un peu utopique de changer la vie et c’était l’époque qui voulait ça. J’ai mis longtemps à revenir mais aujourd’hui c’est très bien. Je vois un peu mon parcours et je l’accepte très bien mais il y avait des fois où j’étais un peu angoissé à revenir et j’arrivais pas à franchir les quelques mètres qui m’auraient amené aux endroits où j’avais vécu des choses très fortes.

C’est plutôt la fin, la fin de mes constructions qui m’empêchaient de venir, la fin brutale notamment du grand zome que j’habitais et qui a brûlé un peu bizarrement.

Moi je n’ai jamais voulu construire pour laisser quelque chose à mes enfants par exemple, je construisais pour 5 ans maximum, peut-être pour 10 ans pour les plus élaborées. La cabane c’est un habitat pour moi qui répond aux besoins du moment un peu comme les animaux qui ont besoin d’avoir un poil plus long l’hiver et nous on pouvait pas vivre dehors donc il fallait construire notre abri quoi, alors ça été des cabanes, ça été des tipis, ça été des maisons restaurées, un peu de tout, l’important c’était qu’on soit là sur ce lieu pour travailler. Maintenant j’ai même acheté une maison, une vieille maison que j’ai restaurée, c’est là où j’habite maintenant mais l’esprit est un peu le même. Construire des cabanes où vivre dans la nature comme on a vécu ici dans ce lieu assez sauvage c’était, ça correspondait à une époque les conditions actuelles, les conditions économiques notamment, les conditions sociales ne sont plus tout à fait les mêmes, donc moi je ne suis plus ici.

RETOUR A LA TERRE

C’est vrai qu’il faut se remonter un peu dans les années début des années 70. C’était donc l’après 68. On avait beaucoup d’espoir en 68 et puis c’était un peu retombé, au moins l’espoir de faire quelque chose dans le milieu urbain. C’était le début de ce qui a donné le mouvement écologiste. On voulait recréer quelque chose de nouveau notamment dans les rapports humains, dans le quotidien, dans le rapport avec la nature.
Il y a eu un grand mouvement de retour à la terre à ce moment-là et un désir de vivre dans des endroits plutôt isolés, pas vierges mais enfin où la nature est très dense et très présente afin recréer de nouveaux rapports humains. Cela c’est aussi traduit aussi dans l’architecture.
Moi je pensais, je pense toujours qu’on ne peut pas créer une nouvelle société dans des structures anciennes, retaper des vieilles baraques qui correspondaient peut-être au désir et aux besoins de ceux qui les ont construit, mais plutôt de recréer d’autres espaces qui utilisent davantage des matériaux comme le bois plutôt que la pierre. Il n’y a pas l’écrasement des grosses poutres c’est plutôt des espaces assez aériens très légers et qui traduisent un optimisme par rapport à la vie et puis il faut dire qu’on était encore un peu nomade.

CABANE OUVERTE

La cabane c’est quelque chose en fait assez complexe et très varié. C’est à la fois un espace vite construit - enfin ça peut mettre du temps - mais enfin on imagine que c’est bien plus vite construit qu’une maison, bien plus léger, c’est presque une extension de notre peau mais c’est pas une barrière par rapport à tout ce qu’il y a l’extérieur. Dans une cabane on entend très bien ce qui se passe dehors et on ressent aussi le climat qu’il y a dehors. Ce n’est pas une uniformité de température 24 h sur 24, ça vit avec le soleil, ça vit avec le froid, ça vit avec les oiseaux que l’on entend. Dans une maison on a peur des voisins on a peur de l’inconnu. La cabane c’est quelque chose d’ouvert sur l’extérieur. T’as pu remarquer que rarement il y a des serrures fermées.
La cabane c’est quelque chose de très léger mai qui donne un grand sentiment de sécurité simplement parce que l’on ne met pas les barrières d’appropriation.. Moi ici j’ai construit sur des terrains qui n’étaient pas à moi, j’ai squatté je me suis installé aux endroits où qui me semblaient le mieux pour moi dans le moment et comme c’était un endroit assez isolé, les propriétaires n’étaient pas très regardants, parfois ils étaient assez loin, et de toutes manières quand j’ai construit des cabanes ou quelque chose de plus imposant j’ai toujours pensé qu’un jour je partirai et la nature reprendrait ses droits, et on n’en trouverait peut-être plus traces assez rapidement.